
Tant l’avenir est tant et tant (extrait)
« J’aime mieux manger que dormir
J’aime mieux rire que pleurer
J’aime les glaçons quand il fait chaud
Les bisous partout partout
La magie et l’Italie
Les souris quand elles sont blanches
J’aime les portes entrouvertes
Les robes du dimanche […]
Tant de désir
Ne peut mener qu’au combat
Léonie rêve d’ailleurs.
Léon ne devine jamais.
Demain c’est lundi.
Léonie rêve d’ailleurs.
Juste assez pour y aller. »
Micheline Dandurand et Louise Lafrenière deux femmes qui se lancent dans une aventure d’écriture à quatre mains. Les imaginaires se jumellent. La solitude de l’acte créateur éclate. Les mains jazzent et forgent une histoire. Les mots et les images sondent l’insignifiance et la profondeur des petites choses, parlent de la petite vie et de la grande, de rien et de tout. L’histoire a trois voix qui s’interpellent, se répondent, se relancent. À la fin, les quatre mains se taisent pour que les vers se propagent en infinis possibles.

Derviche tourneur (extrait)
« Point blanc sur fond noir, étincelle dans l’obscurité, tu tourbillonnes les yeux fermés, le cœur ouvert. Je le vois. Je le sens. La main droite tournée vers le ciel pour en recueillir la grâce, la main gauche vers le sol pour la répandre sur Terre. Tu danses en priant.
Tu tournes, derviche, jusqu’à te perdre dans l’immensité, dans l’éphémère de l’instant, offert à l’inconnu, au vide que tu remplis de tes sons.
Ta robe blanche sacrée couvre tes pieds, cache tes pas. Elle t’entraîne dans son tournoiement et t’élève. Tu tournes sans tomber, tu tournes sans t’arrêter jusqu’à t’envoler, papillon dans la lumière de la nuit. Je te regarde et m’émerveille.
La joie inonde ton visage paisible et tes yeux clos dévoilent ton parfait abandon à ce qui est.
Je ne suis donc pas seule à connaître la danse des anges? »
Nouvelle revue de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais (AAAO) dont la mission est d’offrir à ses membres un lieu pour publier de courts textes afin de diffuser leur parole et de raconter l’Outaouais.

Quand tu doutes de ton âme (extrait)
«Tu veux fuir mais tu ne sais plus où aller
Tu traînes ton âme comme un boulet au pied
Pour t’enfuir plus légère, tu délaces tes souliers
Mais tu cours encore ta vie, t’écorches les sens autant que les pieds
Des gouttes de sang perlent et rougissent le pavé
Tu fermes les yeux sur les peines que ça ravive
Puis tu t’arrêtes … les oublies et sors enfin d’ta dérive
Il pleut dans ton ventre, mais ça t’rafraîchit
« Votre sourire s’ra votre allié » te murmure cette pluie »
Le recueil 10 ans de parole, dirigé par Annie St-Jean, souligne les dix ans d’existence de SlamOutaouais, et permet de faire découvrir les textes dans toute leur variété des slameurs d’hier et d’aujourd’hui, adultes et adolescents, autrices et auteurs professionnels et de la relève.

Parlez-moi d’amour (extrait)
« Je n’ai que mes mots pour vous dire l’amour
Lorsque les gestes les vôtres les miens s’embrouillent de violence
Mes mots drapeaux blancs indomptables
Mots pesés
Un cœur nu quelle indécence!
Ma quête déposée à vos lèvres
Espoir d’en briser le sceau »
Le recueil Amoroso, dirigé par Julie Huard et Michel-Rémi Lafond, regroupe des poèmes d’auteurs et auteures de cinq régions participant aux Salons des régions du livre qui ont eu lieu en alternance dans l’Arc jurassien suisse, en Communauté française de Belgique, en Franche-Comté, en Outaouais et en Vallée d’Aoste. Le recueil a vu le jour sous l’initiative de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais.

Comme un pou dans la tête (extrait)
« Avide le temps coule et s’écoule
Comme un pou qu’on déloge avec peine
Finit par rendre fou
Suce les instants comme le sang de nos veines
Et sa morsure
Si menue soit-elle
Marque du sceau de l’inconscience »
En 1999, l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais québécois a vingt ans. Afin de marquer le coup, elle publie un recueil de poésie Le temps est d’abord un visage. Ce huitième collectif est dirigé par Julie Huard et Jean-Guy Paquin.

L’eau qui chante (extrait)
« Ils emménagèrent rapidement ensemble. Le soir, après le souper, on les voyait se promener dans les rues de Val-Tétreau ou le long de la rivière des Outaouais. Leurs rires se frayaient un chemin comme l’eau entre les belles grosses roches et ricochaient en écho jusqu’à nous. On commença donc à croire que cette union pouvait avoir un sens. Il faut reconnaître que le marsouin avait du charme. Il ne se gênait pas non plus pour clamer haut et fort qu’il aimait la beauté, le plaisir et l’amour, et Marion était superbe. Alors on se convainquit que tout devait être pour le mieux. »
Les Éditions Vents d’Ouest, en collaboration avec la bibliothèque municipale de Gatineau, présentent le recueil Des nouvelles de Gatineau! regroupant les meilleurs textes soumis dans le cadre du concours de création littéraire organisé par la Ville de Gatineau. Sous la direction de Jeanne Duhaime et Jacques Michaud, des auteurs et auteures de l’Outaouais québécois et ontarien, ainsi que d’autres coins de la francophonie proposent leurs nouvelles sur le thème cette fois Gatineau, ville de rivières et de forêts.

Bons baisers (extrait)
« […] En sortant du dépanneur, la main refermée sur mon trésor, j’ai levé les yeux au ciel en pensant aussitôt à toi, maman. Je me suis dit que si tu étais encore de ce monde, tu ne serais probablement pas d’accord avec moi sur ce coup-là. Mais moi, je crois que c’est bon de forcer le destin de temps à temps pour qu’il se rappelle qu’on existe pis que ce serait peut-être à notre tour d’être bénis des dieux. Ce n’est pas de la superstition, tu sais, Agathe. Ce n’est pas un coup de tête non plus. J’ai même consulté une voyante à la télé, et elle m’a confirmé que ce serait mon année chanceuse. »
Le recueil 30-TRENTE-XXX, dirigé par Michèle Bougon et Vincent Théberge, rassemble des nouvelles sur ce thème afin de commémorer les trente années de production et de stimulation littéraire de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais.

Rue des colibris (extrait)
« — Regarde, Anne-Marie, les 180, rue Dumas (elle dénommait ainsi les familles qui lui étaient devenues familières, et dont elle ignorait malgré tout le nom), les roses blanches ont été oubliées sur le rosier! J’espère qu’il n’est rien arrivé de grave! Les 210, rue Brodeur ont de la visite ce soir. C’est bien! Il n’y a rien de plus heureux qu’une maison remplie et un délicieux repas en bonne compagnie. Ce n’est pas comme les 315, rue Binet. Depuis plusieurs semaines déjà, les stores restent clos. »
Le recueil Jeux d’adresses, sous la direction de Michel-Rémi Lafond, Julie Huard et François-Xavier Simard, sur le thème du numéro civique, rassemble des nouvelles d’une trentaine d’auteurs et auteures de l’Outaouais québécois qui rivalisent d’adresse et s’adonnent à des jeux… de mots, de société, d’enfant, de dames ou de la destinée.

Un avenir à inventer (extrait)
« J’écoutais Éric et souvent mon cœur se serrait. Je me rendais compte qu’à soixante-cinq ans je laissais à regret cette même place qu’il revendiquait si désespérément. Ses paroles faisaient écho à mes propres sentiments. Je désirais aussi être utile encore. La différence entre nous résidait dans ce mot. Je le voulais encore, il le voulait enfin. Il se sentait sans avenir, je sentais s’amenuiser le mien. Il avait l’impatience de celui qui a l’avenir devant soi, j’avais la nostalgie de celui qui a le passé derrière; il rageait de ne pas être dans le coup, je rageais de ne plus l’être. »
Le recueil Ces pertes qui enrichissent (Au miroir des deuils) a été publié dans la collection Interactions des éditions Novalis dont la préoccupation première est de sensibiliser lecteurs et lectrices aux valeurs sociales et spirituelles de notre société.

Entre deux rives (extrait)
« C’est ainsi qu’ils croyaient en la force d’un pays plutôt qu’en celle des hommes. […]
Un matin, Marie s’arrêta au beau milieu du pont, à l’endroit même où une affiche indiquait la frontière entre les deux provinces. Coincée entre deux rives, elle hésitait. Un pas devant et se trouver sur la rive étrangère, un pas derrière et se retrouver chez soi. Que faire? N’était-ce pourtant pas la même rivière? D’un côté ou de l’autre, le long des promenades qui longeaient sa rive, n’était-ce pas la même eau, la beauté d’une même nature que les passants admiraient? […]» Marie vit au loin s’avancer les camions et les travailleurs venus poser les péages. Intriguée, elle les observait, se demandant tout à coup de quel côté de la rivière ils les installeraient. Qui paierait? Qui gagnerait? »
Le collectif La crise! Quelles crises?, sous la direction de Michel-Rémi Lafond, présente vingt-huit auteurs et auteures de l’Outaouais québécois qui proposent, à travers le conte et la nouvelle, des visions humoristiques ou noires, pleines d’espoir ou de désespoir de la crise.